Liberté pédagogique attaquée
Pourquoi l’équipement en matériel informatique doit-il être subordonné à la rédaction puis à l’acceptation d’un projet ?
La pédagogie du rendement :
N’en déplaise au Service Education de la Mairie de Pessac, on n’a pas encore inventé pour les enseignants des écoles l’obligation d’occuper les installations municipales, ni celle d’utiliser le matériel municipal mis à sa disposition. Qu’il s’agisse de St-Lary, de Romainville ou du Stade Nautique, le cauchemar de la Mairie, ce sont les créneaux libres. La Mairie met à disposition et rêve d’une occupation à cent pour cent. Donc, d’une obligation d’utilisation.
- Mairie et Education nationale : des intérêts divergents :
La Mairie de Pessac rêverait de pouvoir imposer aux enseignants d’aller à St-Lary, au Stade Nautique, à la Médiathèque, et maintenant d’utiliser les ordinateurs. Elle a du mal à comprendre que ce ne le leur soit pas imposé par leur hiérarchie. Cette liberté laissée à de simples exécutants reste incomprise au sein du staff municipal qui préconiserait volontiers des méthodes de management plus proches du modèle de l’entreprise. Le Service Éducation de la Mairie de Pessac ne discute plus directement avec les instituteurs, trop nombreux et trop indépendants. Elle a instauré un dialogue avec des interlocuteurs plus faciles à maîtriser : la coordination des directeurs d’école ou, de plus en plus, pour les questions qui touchent à la pédagogie, l’équipe de circonscription : I.E.N. et Conseillers pédagogiques.
La communication ainsi établie entre l’équipe de circonscription et la municipalité est un progrès, à condition de rester vigilant sur le maintien de l’équilibre des parties.
L’équipement informatique des écoles est et doit rester entièrement à la charge des communes au même titre que toutes les dépenses de fonctionnement (à l’exception notable des traitements des enseignants) : l’achat de livres, de mobilier, de photocopieuses, de téléviseurs…
Cet équipement ne doit pas signifier pour les enseignants une quelconque obligation, un quelconque engagement d’utilisation. Ce serait là une ingérence, un empiétement de cette liberté pédagogique à laquelle nous sommes attachés et que nous devons défendre. Le rôle de l’I.E.N. ne devrait-il pas être de défendre cette liberté professionnelle face aux attaques diverses constituées par la municipalisation de l’école ?
Soyons rassurés :
Il est vrai que l’échec dans les années 80 du premier plan informatique pour tous peut d’une certaine façon rendre compréhensible la posture de méfiance adoptée par la commune.
Mais il convient d’être en 2004 plus rassuré : la conjoncture est complètement différente… Dans les écoles, le B2i rend incontournable l’utilisation de l’outil informatique. Et la manipulation, tant par les enseignants que par les élèves est facilitée par la démocratisation de l’ordinateur qui est entré aujourd’hui dans la plupart des foyers.
La liberté pédagogique en danger :
Aussi convaincus que nous soyons de l’utilité de l’outil informatique dans les écoles, nous ne voulons pas monnayer notre liberté pédagogique pas plus que notre droit de participer chaque année au mouvement. D’ailleurs quelle signification pourrait avoir un engagement à utiliser le matériel d’une école alors qu’il n’existe aucun engagement de rester dans cette école ?
Mais au fait, pourquoi un tel attachement ? Cette liberté est-elle vraiment menacée ?
Nous assistons à une perte de compétences continue depuis vingt ans. Nous devons défendre cette liberté pédagogique comme un héritage de notre profession.
« Le maître est maître dans sa classe. » disait-on autrefois. C’est hélas de moins en moins vrai. Quelques exemples :
Fournitures scolaires : l’imposition d’un fournisseur unique (Robert), auquel on attribue le marché.
Activités aquatiques au Stade Nautique : il faut accepter de ne plus maîtriser ni l’horaire, ni le nombre de séances, ni la durée des séances, ni le mode de fonctionnement en binôme, ni la répartition des élèves dans les groupes…
Classe transplantée, classe de découverte : c’est Saint-Lary ou rien. La municipalité disposant d’un Centre à St-Lary, il est difficile de demander et impossible d’obtenir le financement (ni même une subvention significative) pour une autre destination choisie par le maître avec sa classe.
Attribution des quotas de bus pour les sorties scolaires :
De plus en plus en plus de sorties « municipales » sont prises en charge (Médiathèque, Stade Nautique, J.M.F., fête annuelle USEP à Bellegrave,…). Mais dans le même temps, les quotas pour les sorties destinations décidées individuellement sont de plus en plus limitées. On nous dit que les transports pris en charge par la Mairie augmentent. C’est possible. Ce qui diminue, c’est le nombre de sorties pour les destinations librement choisies.
- Quelques questions pour comprendre :
En conclusion, équiper les écoles en matériel informatique est du devoir des municipalités. Les enseignants n’ont pas à payer cet équipement par quelque engagement que ce soit. Les enseignants des écoles ne sont pas des agents territoriaux. Nous appartenons à la Fonction Publique d’Etat.
Nous sommes, professionnels de terrain, les plus à même de savoir ce que nous souhaitons faire du matériel mis à notre disposition et à la disposition de nos élèves. ( fréquence d’utilisation, mode de fonctionnement, objectifs, situations pédagogiques, …). Nous n’avons de compte à rendre qu’à notre hiérarchie et à notre conscience professionnelle.
Les questions posées sont donc :
« En nous demandant des garanties d’utilisation, notre hiérarchie ne se substitue-t-elle pas à la Mairie ? »
« La maîtrise des dépenses de la Mairie est-elle un objectif de l’Education nationale ? »
« En défendant les intérêts de la municipalité, l’Education nationale joue-t-elle pleinement son rôle ? »
« Pourquoi le budget alloué à l’équipement informatique des écoles reste-t-il obscur ? »
« Ne vaudrait-il pas mieux équiper toutes les écoles équitablement, sur un plan quinquennal par exemple ? »
Enfin, n’oublions pas que la Mairie a tout intérêt à équiper les écoles en informatique.
Elle ne le fait pas que pour le plaisir des enseignants, ni même pour celui des élèves. Elle le fait sans doute aussi pour se donner auprès des parents d’élèves électeurs, et aussi à l’extérieur de la commune, une image de municipalité moderne et dynamique.
Nous ne lui devons rien. Elle nous doit tout.
Les attentes de l'IEN seront sans doute :
- Quel est notre projet d’utilisation ?
- Quel matériel demandons-nous ?
Soyons raisonnables : demandons le maximum.
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