Enseigner peut-il être un art ?

Tous les professionnels de l'éducation s'accordent depuis toujours sur la nécessité de préparer sa classe. Quelles que soient les chapelles pédagogiques, il y a là un consensus. Pourtant les dérives de ce système existent : trop de préparation nuit à l'enseignement. Enseigner peut-il être un art ? Il faut savoir redonner une place d'honneur à la spontanéité et ses lettres de noblesse à l'improvisation vécue comme un art. Être à l'écoute permanente des besoins de ses élèves. Vivre l'acte d'enseigner comme un art vivant de création permanente. Inventer en temps réel. S'adapter en permanence. Être devant une classe, c'est être en représentation. L'enseignant doit souvent être comédien, conteur, chanteur, musicien ... Sans doute une certaine expérience et/ou un certain talent (le mot est-il interdit ?) sont-ils requis. Peut-être aussi est-il nécessaire d'avoir mis en place un dispositif et développé des outils spécifiques permettant de s'adapter en temps réel – c'est à dire instantanément – à la demande, aux besoins des élèves. Mais c'est surtout une conviction profonde, une posture, une conception de son métier, des relations que l'on souhaite établir avec ses élèves, des valeurs et des outils sociaux que l'on souhaite leur transmettre à travers l'enseignement des programmes et souvent au-delà. Ce système permet de garder un rythme de travail soutenu et soutenable à la fois. L'expérience de l'enseignant lui permet de trouver un équilibre idéal, alternant savamment les périodes d'effort intense (celles qui exigent concentration, écoute, mémorisation, silence, immobilisme, écriture …) avec des périodes de répit, de repos (dessin, coloriage, chant, récitation de poésie, musique, théâtre, E.P.S., ... ). Dans une classe, il y a toujours beaucoup plus de travail que le temps dont on dispose ne permet d'en abattre. On ne doit donc pas craindre de manquer de contenu. Il faut en revanche en permanence veiller à rester cohérent, et optimiser le temps et les efforts des élèves.

« Le plan est une notion stalinienne qui tue l'innovation » 
(Henri Lachmann, ancien PDG et actuel président du Conseil de surveillance de Schneider Electric, invité de France Info vendredi 13 septembre 2013, France Info 8 h 20)

Préparation, programmation, progressions, projet pédagogique, etc. L'enseignant normal est sans cesse dans la prévision, dans la projection dans l'avenir. Apprenons donc à vivre au présent ! Carpe Diem ! Si l'on n'enseigne que ce que l'on a projeté d'enseigner, on choisit d'emblée de se situer en décalage avec les élèves. Avec un temps d'avance sur la découverte du sujet. Par ailleurs, on joue sur du factice, de l'inauthentique, car on part sur des attentes précises des réactions, productions des élèves en leur laissant croire que l'on ne sait pas où l'on va. Le risque est fort alors que cet aspect inauthentique - pour ne pas dire malhonnête ou mensonger - soit perçu par les élèves. Dans le moins grave des cas, cela pourrait entraîner le discrédit de l'enseignant, et dans le pire, une imitation de celui-ci, l'élève ayant trouvé dans la posture de l'enseignant une légitimation inespérée : « Si le maître le fait, je peux - voire je dois - le faire. » « On n'enseigne que ce que l'on est. », nous rappelle Jaurès. Alors si l'on veut enseigner l'honnêteté commençons par être nous-même honnête, authentique, spontané. Et pour que nos élèves soient spontanés, soyons spontané ! Mais nous voici maintenant face à une double contrainte : "Soyons spontané !" . L'injonction paradoxale souvent utilisée par Paul Watzlawick (Ecole de Palo Alto) nous rattrape ici. Décidément, enseigner n'est pas chose facile !

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Pourquoi des accolades ?

Ma perception personnelle de l'évolution du métier d'enseignant du premier degré sur la période 1982-2020

Projet de protocole transfert de responsabilité Éducation nationale/mairie