Pourquoi je n'utilise pas le passeport ?


Tout d'abord, je n'approuve pas que le CEE ait été réquisitionné pour concevoir cet outil de répression. Le choix de cet unique sujet de travail durant les 3 réunions du CEE dans l'année scolaire relève-t-il vraiment d'un choix des élèves ? Je pense au contraire que le passeport était une idée d'adulte(s) et que le CEE a servi de caution.

Ensuite, est-ce vraiment aux adultes de décider quel sujet le CEE doit aborder ? Ne devrait-on pas « revisiter les objectifs » de ce CEE ? Je considère que le CEE a été instrumentalisé pour faire passer un projet porté par des adultes. Pour moi, le CEE doit être un espace de parole des élèves, par lequel ceux-ci discutent de sujets librement choisis par eux-mêmes (délégués ou non), au cours de débats qui peuvent être guidés par un enseignant qui devra savoir s'effacer. Le CEE ne pourra avoir de valeur pédagogique pour l'apprentissage de la démocratie qu'à la condition que les élèves reçoivent des preuves d'authenticité. Le CEE doit être authentique. Or, si l'on choisit les sujets pour lui, il ne l'est pas.

Enfin, est-ce bien aux élèves d'écrire le règlement qui va les contraindre et le barême des sanctions qui devront s'appliquer aux infractions ?

Je n'écris pas dedans parce qu'il s'agit d'un outil partagé dans un partenariat que je n'ai pas choisi.

Je n'approuve pas que l'élaboration de ce document se soit déroulée sur temps scolaire avec la participation de personnels non enseignants. Par ailleurs, je considère que je n'ai pas à commenter les annotations inscrites par d'autres, particulièrement s'il s'agit de partenaires qui m'ont été imposés.

Je ne souhaite pas utiliser « le passeport » parce qu'il s'agit d'un outil partagé avec des partenaires. Or, je ne suis pas d'accord pour partager des informations sur mes élèves avec :

  • les agents territoriaux (cantine, accueil ...)
  • les intervenants des TAP

En appui de ce choix, j'invoque mon obligation de discrétion professionnelle ainsi définie par la Loi83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires :

Article 26 :
« Les fonctionnaires sont tenus au secret professionnel dans le cadre des règles instituées dans le code pénal.

Les fonctionnaires doivent faire preuve de discrétion professionnelle pour tous les faits, informations ou documents dont ils ont connaissance dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions. En dehors des cas expressément prévus par la réglementation en vigueur, notamment en matière de liberté d'accès aux documents administratifs, les fonctionnaires ne peuvent être déliés de cette obligation de discrétion professionnelle que par décision expresse de l'autorité dont ils dépendent. »

Accepter de partager cet outil avec les agents territoriaux et les intervenants des TAP consisterait à avaliser l'ingérence de la commune dans l'école, ingérence que je combats pied à pied depuis l'arrivée des PEDT, et même bien avant.

La territorialisation de l'école ne nous est pas imposée d'autorité : elle s'insinue sournoisement par de petites transformations discrètes, par de bienveillants partages de nos compétences, par de menus reculs qui ne nous semblent imposés par personne, par de lâches concessions que nous acceptons pour ne pas faire de vagues, par de belles évolutions que nous croyons avoir nous-mêmes choisies.

Libre à chacun d'accompagner ou non cette réforme.

On peut aussi décider de s'y opposer. C'est mon choix. En tout cas, celui de résister aussi longtemps que je le pourrai à ce que je considère comme une attaque sans précédent contre notre statut et nos conditions de travail.

Ni la réforme des maîtres-directeurs - contre laquelle je suis allé manifester à Paris le 11 février 1987 - , ni la guerre public-privé, ni aucune autre attaque n'a jamais été aussi profonde que celle que nous subissons depuis la Loi de refondation de l'école et sa déclinaison pour le premier degré : la réforme des rythmes scolaires.

De toute ma carrière, depuis 1982, rien, jamais n'est jamais allé aussi loin dans la destruction de notre métier. Alors, non, dusse-je décevoir collègues et amis, je n'utiliserai pas cet outil partagé.

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