La subjectivité dans l'évaluation


La subjectivité dans l'évaluation

Tous les efforts de l'éducation nationale en matière d'évaluation des élèves ont porté sur la volonté d'éliminer la subjectivité de l'enseignant pour instaurer à la place, un maximum d'objectivité. Il fallait laver l'enseignant de l'infâme soupçon de subjectivité. Objectivité contre subjectivité : tel fut pendant toutes ces années l'axe directeur des évolutions concernant l'évaluation des élèves. On a donc cherché à repousser l'appréciation subjective de l'enseignant pour instaurer une évaluation la plus objective possible sans toujours voir que cette conception, basée sur des critères et des compétences objectifs, relevait en réalité d'une vision mécaniste, techniciste, scientiste de l'éducation.

En effet, il me vient à l'idée que ce remplacement progressif participe pleinement de la mutation sociale en cours, la digitalisation du monde, qui se décline en matière d'éducation, comme partout ailleurs, par le remplacement de l'homme par la machine : la déshumanisation. Par ailleurs, ce mouvement a suivi de près la libération de la Femme et le développement des Droits de l'Enfant. De la même façon qu'il devenait obligatoire de se justifier de tout auprès de ses propres enfants, de répondre inlassablement à tous leurs « pourquoi», il est devenu politiquement incorrect de présenter une appréciation subjective et globale de l'élève. Enfin, en nous déniant le droit à la subjectivité (dans l'évaluation), c'est le droit de juger (le travail d'un élève) que la société nous retire. Avec cette évolution, l'enseignant perd encore un peu de son pouvoir, de sa superbe, de son prestige. Cette perte, cette réduction s'inscrit dans un mouvement global de déclassement social des enseignants.

Je veux donc défendre ici le droit à la subjectivité.

En effet, la subjectivité n'est-elle pas au cœur de l'éducation ? « On n'enseigne que ce que l'on est » disait Jean Jaurès.

Lorsque j'enseigne, je donne forcément de moi-même. Je ne donne que de moi-même. Et, en même temps, je ne donne finalement que mon appréciation personnelle. Il faut prendre cette appréciation, cette évaluation pour ce qu'elle est, et rien de plus : le regard d'un humain, bienveillant et professionnel, mais avec ses limites et son droit à l'erreur. L'erreur est humaine. Et chaque élève et chaque parent pourra croiser ce regard avec ceux de bien d'autres enseignants, qui se seront exprimés librement et indépendamment tout au long de la scolarité de l'élève.

Mon évalution a une profonde valeur humaine. C'est précisément pour cela qu'elle ne prétend pas enfermer dans une image fixe, un destin figé ! Elle n'est que mon humble avis d'enseignant. Lorsque j'évalue un élève, en donnant sur lui mon avis général, en m'exprimant sur son travail, son comportement ou ses réalisations, lorsque je donne de lui une évaluation globale, je rends à cet enfant sa globalité, sa dignité. Je le renvoie à sa singularité, à sa personnalité unique.

C'est pourquoi je revendique haut et fort ma subjectivité. Elle contribue à ma fierté d'enseigner. En la protégeant, je défends l'humanité de mon métier.

Mardi 24 janvier 2017 (remanié le mardi 6 mars 2018)

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