Entre esprit critique et opposition systématique


Il y a un temps pour tout.
Je ne suis pas choqué par un comportement de béni oui-oui chez un élève d'école élémentaire. Bien sûr, il est agréable et valorisant de trouver des élèves capables de s'élever au-dessus de ce niveau et exprimer un avis critique, mais gare aux dérives !
Il sera bien assez tôt, au collège, au lycée, à l'université de développer cet esprit critique si cher aux philosophes.

Cet esprit critique est une bonne chose, nécessaire, indispensable à l'adulte éclairé.
Mais ici nous parlons d'enfants d'école élémentaire. Pourquoi ce qui est vrai pour les adultes le serait-il forcément pour les enfants ? En l'occurrence, je suis convaincu qu'il faut un temps pour l'obéissance aveugle et un temps pour l'émancipation et la liberté de penser qui formeront plus tard l'esprit critique. Un temps pour que la chenille se transforme en papillon.
L'erreur consiste à croire que c'est en suscitant le plus tôt possible cet esprit critique qu'on aura le plus de chances de le voir apparaître.
Songerait-on à ouvrir aux ciseaux la chrysalide pour faire apparaitre plus vite le papillon ?

L'erreur consiste à croire qu'il faut entrainer son esprit critique dès le plus jeune âge ou qu'il n'y a pas d'âge pour commencer à l'exercer.

Or, je prétends, moi qu'il y en a un. Je le situe plutôt à l'adolescence.

(A ce sujet, il est intéressant d'écouter le podcast de France-Inter qui est de l'avis diamétralement opposé, affirmant au contraire qu'il n'y a pas d'âge minimum pour commencer à inculquer l'esprit critique.)

Et je suis convaincu (mais je ne demande qu'à être convaincu du contraire par des arguments et des études scientifiques qui m'apporteraient la preuve incontestable de leur vérité) qu'à vouloir le développer trop tôt, l'école, les parents, les éducateurs s'exposent à des risques.

Quels sont ces risques ?

Le risque de tomber dans l'opposition systématique.
Le risque de perdre tous les avantages d'un enseignement apaisé, non contredit.
Le risque de perdre le sens de l'esprit critique qui doit rester toujours constructif.
Le risque de tomber dans l'insolence et de l'irrespect.

Bien sûr, tous ne tombent pas dans ce piège, mais c'est une tendance qui se développe.

Lorsque les élèves découvrent le droit de s'opposer, ils vont chercher à en user voire à en abuser sans limite.

On dira que c'est à l'enseignant qu'il revient de préciser les limites de ce droit nouveau.
Certes, mais le problème est que dès lors que l'enseignant a autorisé qu'on le conteste, qu'on s'oppose à lui, il est contesté par les plus audacieux jusque dans les limites qu'il veut poser à cette contestation.
Et c'est alors un vent de fronde qui peut rapidement souffler dans la classe.

C'est pourquoi, un travail d'équipe est nécessaire pour faire admettre les limites, les bornes à ne pas dépasser.

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