Transversalité et interdisciplinarité

Horaires recalculés pour le cycle 3 et pour l'année scolaire 2008-2009

Aujourd'hui, il n'est plus question de manque de ressources pédagogiques. Bien au contraire, on croulerait plutôt sous les ressources. Non, les problèmes sont plutôt, d'une part, le manque de temps, et d'autre part, l'indiscipline des élèves.

A - L'indiscipline des élèves

C'est devenu un lieu commun que de rappeler que les élèves d'aujourd'hui ne sont plus ceux des années 1950-1980.
Certes, il y a toujours eu des cancres, des élèves turbulents ou dissipés.
Ce qui a changé c'est que les élèves d'aujourd'hui (2008) ont grandi dans un monde où les femmes travaillent, ont davantage de pouvoir et ont permis aux enfants de prendre du pouvoir.
Les postes d'enseignants du primaire étant occupés à plus de 80% par des femmes, ce changement s'est fait ressentir plus fortement dans les écoles primaires.

L'indiscipline s'est généralisée et avec elle, son cortège d'incivilités et d'insolence.

Le temps passé à rétablir l'ordre nécessaire au bon fonctionnement d'une classe s'en trouve donc augmenté considérablement, même s'il est impossible de quantifier avec précision et de façon générale cette augmentation qui reste évidemment différente selon chaque classe.
Dans le cas de mon école, cette perte de temps est estimée à 1 h par jour environ. Cette heure perdue en gestion de conflits rend plus difficile encore la réalisation des objectifs irréalistes affichés dans les textes. Mais devant l'impossibilité de la démontrer, je consens à ne pas la comptabiliser.

B - Le manque de temps

Les horaires officiels sont de 24 heures par semaine.
Or, ces 24 heures en présence des élèves ne sont pas 24 heures d'enseignement.
Il faut retirer 2 h 40 de récréations, 1 h d'accueils, 20 minutes de déplacements, soit un total d'environ 4 heures.
Il reste 20 heures d'enseignement.

1 h 30 est prise d'office par l'enseignement de l'anglais par un intervenant. Cet horaire est fixe puisque c'est un intervenant extérieur, rémunéré, qui assure cet enseignement.
Il reste donc 18 h 30 pour le reste.
Les textes officiels donnent certains horaires, mais sur une base de 24 heures.
Si l'on retire l'heure et demie d'anglais déjà comptabilisée, ils sont donnés sur une base de 22 h 30 pour le reste.
Il convient donc d'appliquer un coefficient de réduction de ces horaires de :

18, 5 divisé par 22, 5 = 0,82

Tous les horaires donnés devront donc être recalculés sur cette nouvelle base, ce qui donne :

Français (Lecture, Littérature, Orthographe, Grammaire, Conjugaison, Vocabulaire, Production d'écrits...) : 8 h x 0,82 = 6, 56 h = 6 h 30 à 7 h environ
Maths (Opérations et Calcul, Numération, Géométrie, Mesures, Résolution de problèmes...) : 5 h x 0,82 = 4 h
E.P.S. : 3 h x 0,82 = 2 h 30 (ou 2 x 1 h 15 ou 3 x 50 min)
Anglais : 1 h 30
Histoire : 1 h
Géographie : 1 h
Éducation civique : 1 h
Sciences : 1 h
Éducation artistique (Histoire de l'art, musique ...) : 1 h

Total : 20 heures de contenant

Pour un contenu, qui, lui, ne diminue pas et qui continue d'être pensé pour 26 heures d'enseignement hebdomadaire...
Quant aux autres disciplines que la société civile nous presse d'intégrer dans nos enseignements :

Éducation au développement durable : 0
Éducation à la sécurité routière : 0
Éducation à la santé : 0
Éducation à l'image et aux médias : 0
Éducation aux T.I.C.E. (Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement) avec B2i obligatoire : 0

Comment faire rentrer en une heure un travail qui en nécessite deux ?

Alors, pour faire passer la pilule, les pédagogues ont inventé un concept bien utile qu'ils l'appellent transversalité ou interdisciplinarité.

Il s'agit d'une supercherie bien pratique qui consiste à vous demander de faire plusieurs choses à la fois : « Vous faîtes du Français, mais en même temps, vous faîtes des maths ! Ou de l'Histoire ou des Sciences... ». Tous les praticiens reconnaissent que c'est plus difficile, mais on n'a pas choisi ce métier pour la facilité !
Le pire, c'est que c'est surtout moins efficace. Faites une leçon sur le commerce triangulaire et, en même temps, entraînez vos élèves en grammaire sur l'adjectif qualificatif. C'est possible. Si, si. Mais c'est moins efficace que si vous faîtes une leçon spécifiquement dédiée au commerce triangulaire, puis une autre leçon spécifiquement dédiée à l'adjectif qualificatif, même si vous pourrez à cette occasion choisir des exemples en lien avec la leçon d'Histoire précédemment citée.
C'est donc possible, mais c'est plus difficile, cela demande plus de préparation et c'est moins efficace. Seulement voilà, ça permet de faire rentrer en une heure un travail qui en nécessite deux. CQFD.
Ben voyons ! Et tous les professeurs des écoles, nouveaux et anciens, qui se veulent des enseignants bien consciencieux sont prompts à suivre leur maître à penser, Philippe Meyrieu pour ne pas le nommer. Comprennent-ils qu'ils se font exploiter comme des bêtes de somme par ce système de production à outrance, directement inspiré du monde de l'entreprise et qui les opprime autant qu'il les aveugle.

« Moi, quand j'entends le mot transversalité, je sors mon révolver ! »

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