Préparation, improvisation, réactivité

Très tôt dans ma carrière, j'ai fait le choix de la réactivité contre celui de la préparation.

Dans un milieu enseignant où la préparation, la programmation, la prévision semblent être des piliers du métier, des incontournables, un tel choix peut paraître incongru et nécessite, je le conçois, quelque justification.

Comme tous mes collègues, j'ai commencé en préparant mes cours de la manière la plus conformiste possible : objectifs généraux, objectifs spécifiques, buts, matériel, déroulement de la séance, consigne, trace écrite, prolongements possibles...etc.

Puisqu'il m'était matériellement impossible de préparer chaque séance de chaque journée (1 h de préparation pour 2 h de classe environ...), il m'est arrivé de plus en plus fréquemment, entre deux séances préparées, de combler, en improvisant une leçon « à brûle-pourpoint ». Bien entendu, je veillais toujours à respecter l'emploi du temps et l'équilibre des disciplines afin de ne pas favoriser une discipline au profit d'une autre. Je me suis aussi entouré d'outils qui convenaient à ma méthode.

Lorsque je me suis rendu compte que le temps passé à préparer ces cours n'entrait nullement en jeu dans la réussite ou l'échec de la séance, et finalement dans la réussite ou l'échec de l'élève, je me suis mis progressivement à accorder plus d'importance au respect de cet équilibre qu'à la préparation des séances.

Par ailleurs je constatais qu'un paramètre essentiel devait être pris en compte : les rythmes de vie de l'enfant. A cet égard, l'apport théorique du Professeur Hubert Montagner a été pour moi essentiel. Je prenais conscience que la leçon devait être vue, pensée, échangée en se mettant à la place de l'apprenant, c'est-à-dire en choisissant le moment où l'ensemble des élèves, qu'on appelle classe, est le plus réceptif à tel ou tel apprentissage. Or, soumis à trop de variables, ce moment ne peut être connu à l'avance.

La leçon préparée pour être donnée tel jour, à telle heure, quel que soit l'état de réceptivité de la classe, s'est mis à représenter pour moi quelque chose de rigide et de contre-productif.

C'est donc un choix tout-à-fait raisonné qui m'a amené à préférer des leçons improvisées que des leçons préparées. Il ne faudrait pas croire cependant que ce que j'appelle ici « la leçon improvisée » s'apparente à du n'importe quoi. D'abord, parce que je n'ai pas commencé par cela. J'ai suffisamment longtemps pratiqué la leçon préparée pour en comprendre le sens et les avantages. C'est justement cette expérience qui me permet de réussir ma leçon de façon plus intuitive. Je ne prétendrai pas que la réussite est toujours au bout. Mais elle n'y est pas moins souvent que dans l'autre système.

Je ne veux pas éluder l'économie de temps que ce choix représentait. Ce serait nier l'évidence. Cependant, si ce temps gagné est mis à profit au service des élèves et de l'école, je n'y vois que des avantages.

D'autre part, en même temps qu'il me libérait du temps, ce choix m'imposait parallèlement d'être encore plus à l'écoute de mes élèves, de ma classe. Il me fallait tendre l'oreille en permanence, sentir le bon moment pour choisir entre oral ou écrit, entre leçon/concentration ou exercice d'entraînement, entre travail individuel et silencieux ou recherche en groupe plus animée... Le climat de la classe s'en trouve fortement amélioré. Ce sont donc les élèves qui semblent être les grands gagnants de cette méthode d'enseignement personnelle.

La réflexion sur le métier, la formation continue, les différents investissements pour les élèves (animateur USEP, personne-ressource TICE, membre du groupe de pilotage du CME...), l'aide et la rencontre avec les collègues...sont d'autres aspects de ma carrière qui n'auraient sans doute pas été facilités par un fonctionnement plus traditionnel...

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