Transports publics ou car scolaire
Le
car scolaire spécialement affrété prend les élèves en bas
de l'école. Pas de perte de temps. Il suit un trajet direct entre le
départ et l'arrivée. Il ne s'arrête pas sur le chemin pour faire
monter ou descendre des passagers.
Le
bon état du car comme la qualité du chauffeur sont vérifiés et
garantis par la Ville (qu'il s'agisse d'un car municipal avec un
chauffeur employé municipal ou qu'il s'agisse d'une compagnie privée
que la Ville sous-traite).
Le
bus TBC, lui, doit respecter des horaires fixes. Il
n'attend pas les élèves. Ce sont les élèves qui doivent attendre
à l'arrêt de bus, ce qui implique un départ de l'école plus
tôt, et rallonge inutilement la durée totale du déplacement.
De plus, pour ce départ avancé, il faudra parfois convoquer les
élèves en dehors des horaires scolaires (avant 8 h 20 ou avant 13 h
20), ce qui aura pour effet automatique de changer de
réglementation. En effet, dès lors que la sortie dépasse la
demi-journée, ce n'est plus seulement une information que
l'enseignant doit aux parents, mais c'est une autorisation signée
qu'il doit obtenir d'eux. L'attente du bus aura lieu à un
emplacement parfois exigu où il n'est pas toujours
facile de maintenir dans le calme et la sécurité une classe entière
d'élèves plus excités que d'ordinaire, a fortiori plusieurs
classes. Souvent il n'y a pas d'abribus. Il faut donc espérer qu'il
ne pleuve pas. Lorsque le bus arrive, il faut faire monter tous les
élèves dans un bus ouvert au public. Rien ne garantit que
les élèves auront une place assise, ni même qu'ils ne seront pas
éparpillés dans différents endroits du bus. Les personnes qui
montent dans le bus peuvent être de bons citoyens courtois, polis et
agréables. Mais rien ne permet d'exclure la présence de personnes
alcoolisées, agressives, violentes ou mal intentionnées. La
sécurité des élèves ne
me semble donc plus assurée. Enfin, le bus TBC respecte aussi des
arrêts. Les portes s'ouvrent. Certains passagers descendent,
d'autres montent (je sais, c'est le principe d'un bus). Ces
mouvements de personnes accroissent encore la difficulté
de la surveillance. L'obligation de surveillance des
élèves devient donc elle aussi plus difficile à assurer. Alors
que la présence
d'accompagnateurs n'est
ni nécessaire ni
obligatoire dans un
car spécialement
affrété pour la sortie scolaire,
dans la mesure où il s'agit d'une sortie de proximité
ne dépassant pas la demi-journée (Bulletin
Officiel de l'Éducation Nationale HS n°7 du 23 septembre 1999 et
circulaire n°2005001 du 5 janvier 2005), elle devient
indispensable dans un bus TBC. Mais quelle garantie de compétences
avons-nous concernant ces accompagnateurs bénévoles ? En tout
état de cause, c'est toujours l'enseignant qui serait responsable
d'une défaillance de l'accompagnateur.
Enseignant
depuis 30 ans, je ne pense pas avoir
jamais privé mes élèves de sorties pédagogiques. Cependant, j'ai
toujours utilisé pour cela des cars scolaires spécialement
affrétés. Pas seulement pour les raisons précitées, mais
simplement parce cette tendance de vouloir faire prendre le bus TBC
aux « grands de cycle 3 » (élèves de 8, 9 ou 10 ans)
est relativement récente. Elle s'est notablement accrue depuis
l'arrivée du tram. Je ne dis pas qu'il n'y a jamais eu de
déplacement de classes en transports publics (bus, tram ou train),
mais je suis convaincu que c'était beaucoup plus rare par le passé.
Est-ce une conséquence mécanique du fait que l'offre de sorties se
soit considérablement développée ? Doit-on y voir une volonté
pédagogique de la part de certains enseignants dont l'objectif
serait par exemple : « Apprendre aux élèves à se
confronter aux réalités de la vie quotidienne. » ou
« Apprendre aux élèves à quitter progressivement le cocon
protecteur du car scolaire pour s'intégrer dans les transports en
commun publics. » Je ne le sais pas. Toujours est-il que la
pression s'amplifie depuis quelques années. J'y vois personnellement
un désengagement financier de la Ville (c'est la crise !) et
une dérive inquiétante pour nos conditions de travail. Je me
fais donc un devoir d'y résister. Je ne saurais trop engager
mes collègues à résister aussi. À condition d'être unanimes sur
ce sujet, nous aurons facilement l'appui des parents d'élèves lors
du prochain Conseil d'école. Et pourrons ainsi demander la
reconsidération de la position municipale au sujet des transports de
classes.
Je
ne me fais pas d'illusion naïve sur nos chances de succès. Elles
sont faibles. Mais pas nulles. Par contre si nous ne sommes pas d'accord
entre nous, nous n'obtiendrons rien et la dérive continuera avec la
complicité bien involontaire de collègues dont le dévouement et la
motivation restent à saluer. Pourtant, en facilitant la dérive, ils
rendent plus ardu le devoir de résistance à cette dérive.
Je
comprends la nécessité de sortir de sa classe pour aller au Musée
ou ailleurs. Les sollicitations sont nombreuses. Et les quotas sont
faibles. Alors la tentation est forte d'utiliser gratuitement les
« tickartes » TBC. Je souhaite juste que les collègues
qui choisissent de le faire – c'est leur liberté pédagogique et
chacun de nous est assez responsable pour mesurer les risques qu'il
prend pour lui et pour ses élèves – comprennent qu'ils obèrent
ainsi nos chances d'obtenir plus de cars scolaires. Concernant la
position municipale, j'apprécie le souci
louable de nos élus d'économiser les deniers publics. En revanche,
et je le conçois car ce n'est pas leur métier, je ne suis pas
certain que ceux-ci aient pleinement conscience des différences
concrètes et pratiques pour un enseignant entre un car
spécialement affrété pour des scolaires et un bus de transports en
commun ouvert au public.
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