Interdiction des devoirs écrits


En quoi les devoirs écrits sont-ils davantage générateurs d'inégalités que ne le sont les leçons à apprendre ?
L'arrêté du 23 novembre 1956 aménage les horaires des écoles primaires et inscrit les devoirs pendant le temps scolaire. En application de l'arrêté, la circulaire du 23 novembre 1956 supprime sans équivoque les devoirs à la maison, retenant des arguments d'efficacité et de santé :

« Six heures de classe bien employées constituent un maximum au-delà duquel un supplément de travail soutenu ne peut qu'apporter une fatigue préjudiciable à la santé physique et à l'équilibre nerveux des enfants. Enfin, le travail écrit fait hors de la classe, hors de la présence du maître et dans des conditions matérielles et psychologiques souvent mauvaises, ne présente qu'un intérêt éducatif limité. En conséquence, aucun devoir écrit, soit obligatoire, soit facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif et les inspecteurs départementaux de l'enseignement du premier degré sont invités à veiller à son application stricte. Libérés des devoirs du soir, les enfants de 7 à 11 ans pourront consacrer plus aisément le temps nécessaire à l'étude des leçons. »

L'application de la circulaire n'étant pas satisfaisante, plusieurs textes doivent rappeler cette interdiction, et ce en 1962, 1964, 1971, 1986 et 1990.
La circulaire du 17 décembre 1964 ajoute même une précision et porte l'interdiction aux « écrits à exécuter hors de la classe », puisque certains enseignants interprètent les textes en déclarant ne pas donner des devoirs mais des exercices écrits.

Devoirs écrits : interdit
Leçons à apprendre : autorisé et largement pratiqué

« Que reproche-t-on aux devoirs à la maison ? D’une part, d’alourdir la charge des enfants et adolescents au détriment d’autres occupations comme le sommeil, le sport ou les activités culturelles ; d’autre part, d’entériner, voire d’accroître les inégalités scolaires, en faisant effectuer le travail dans des contextes matériels, sociologiques et psychologiques très hétérogènes ; enfin, de renvoyer en dehors de la classe des moments d’appropriation et des temps d’apprentissage méthodologique (apprendre une leçon, réviser un contrôle, faire un résumé ou une dissertation, préparer un exposé, etc.) qui sont absolument décisifs pour la réussite scolaire ». (P. Meirieu – Dictionnaire ; http://www.meirieu.com/)

Dans le 3e argument, Meirieu parle donc bien aussi de leçons, de révisions, de préparation …

En effet, les leçons sont concernées par ces trois arguments, autant sinon davantage que les devoirs écrits.

Alors, pourquoi échappent-elles à l'interdiction ?

Parce que les leçons comme les exercices écrits d'entrainement sont nécessaires pour progresser.
Parce que chacun sait bien qu'il serait illusoire de les interdire (les leçons).
Parce que vouloir les interdire repose sur l'illusion de l'égalité des chances, de l'égalité des connaissances, des compétences, des capacités (capacité d'effort, de concentration, d'abstraction, de travail...).
Parce que tout le monde sait bien que la réussite dépend aussi de l'investissement en travail personnel (devoirs ou leçons).

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