Pourquoi résister à la municipalisation de l'école ?

Je ne voudrais pas que ce blog puisse laisser croire que je suis un opposant systématique à la Mairie ou que j'aurais un quelconque différend personnel à régler avec elle. Ce n'est bien sûr pas du tout le cas.
Je me rends compte pourtant, à la relecture de mes articles, que la Mairie est systématiquement présentée comme une cible.
Que l'on ne se méprenne pourtant pas : ce n'est pas la Mairie en tant que telle qui est visée, ni aucun de ses services, pas même le Service Éducation.
Ce qui est visé, ce qui me révolte, c'est la municipalisation de l'école.
Or, il est temps que je justifie cette position radicalement anti-municipalisation.
Car au nom de quoi s'insurger contre le fait que la municipalité se mêle d'éducation ?
Depuis la loi de décentralisation de 1982, les collectivités territoriales ont hérité de cette compétence puis l'ont développée avec la Loi de refondation de l'école de 2013. C'est cela que je combats. Mais pour quelle raison ?

Tout d'abord au nom d'un vieux principe républicain : l'égalité.

C'est l'État qui est garant de l'égalité sur le Territoire de la République. Abandonner la compétence de l'éducation aux collectivités territoriales (communes, départements, régions) c'est battre en brèche ce principe d'égalité. En effet, avec une école municipale, plus rien ne garantirait que d'une commune à l'autre, les élèves soient traités à égalité. Telle commune aux électeurs très investis dans l'éducation serait généreuse avec son école, tandis que telle autre, plus intéressée par le sport, le cinéma ou la chasse, ferait un arbitrage différent. Et c'est l'école qui s'en trouverait lésée. Or la République exige que tous ses enfants soient traités selon le sacro-saint principe d'égalité.
De plus, les enseignants seraient toujours en position de faiblesse face à cette commune qui détiendrait le pouvoir. Jusqu'à ce qu'ils deviennent eux-mêmes des employés municipaux !
Ne rions pas, cela a déjà commencé à l'école maternelle, avec, le statut hybride des enseignant-e-s de ce que l'on appelait encore récemment les classes de TPS (Toute Petite Section) et qu'il faut désormais nommer « Dispositif Moins de Trois Ans ». Les enseignant-e-s de ces classes (peut-on encore appeler cela des classes ?) bien qu'appartenant encore à l’Éducation nationale, travaillent désormais sous la tutelle et sous les ordres d'une coordination mixte (État/Mairie). Cette coordination convoque les enseignant-e-s à des réunions mixtes (ATSEM, employées de crèches, représentants d'associations, etc...) dont elle fixe les dates et les horaires. Ces heures de réunion sont obligatoires et se défalquent de leur droit à la formation continue. En plus de convoquer les enseignant-e-s à des réunions, la coordination définit leurs missions, fixe leur effectif d'élèves (pas plus de 16), leur attribue des moyens humains (formation des ATSEM), gère leur formation continue...
Certains y verront peut-être un heureux partenariat. J'y vois pour ma part un premier pas vers la fin du statut de fonctionnaire d'État pour ces enseignant-e-s. Avant la généralisation.
C'est un affaiblissement de l'État. Je suis pour un État central, fort, puissant, protecteur et juste. En tant que fonctionnaire d'État, je me sens affaibli lorsque l'État abandonne des compétences aux collectivités territoriales. C'est pourquoi, d'une manière générale, je suis opposé à la décentralisation. Et c'est pourquoi, je me suis opposé depuis le début à la Loi de décentralisation de 1982.

(Il est piquant de noter que j'ai commencé ma carrière l'année-même où cette loi de décentralisation était promulguée.)

Une municipalité, soumise aux influences locales, aux lobbys économiques ou religieux, ne pourra jamais résister aux pressions électorales avec la même puissance qu'un État centralisé fort.

C'est donc là, la première raison de mon opposition à la municipalisation de l'école.

La deuxième raison n'est pas moins importante : selon moi, la municipalisation est le premier pas vers la privatisation de l'école.


La municipalisation de l'éducation est, en fait, la première étape d'un processus. La suivante sera la sous-traitance de ce service à des sociétés semi-publiques, puis à des sociétés totalement privées. En effet, les exemples des services municipaux de transport ou de restauration scolaire nous montrent que la municipalité, dans une logique de marché, a confié ces services à des sociétés privées. Il en est de même pour le Stade nautique. Dès lors, comment ne pas croire à une privatisation de services d'éducation qui seraient devenus municipaux ?
Et ce processus nous mènera inéluctablement à la privatisation pure et simple de l'éducation.


Donc, m'opposer à la municipalisation de l'école, c'est anticiper et combattre la catastrophe que serait à mes yeux la privatisation de l'école.

Voilà ainsi expliquée ma farouche opposition à la municipalisation de l'école.

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