Le statut de l'effort à l'école

L'effort à l'école est-il nécessaire ou contre-productif ?
Dans un texte de la FCPE, destiné à justifier son opposition aux devoirs à la maison, on peut lire cette phrase surprenante : 
« L’École ne doit pas être un lieu d’effort (surtout si effort signifie souffrance) mais d’apprentissage.[ …/...] Pour nous l’effort et le travail sont des moyens de progresser, mais on apprend mieux en éprouvant du plaisir et de l’intérêt. »
Texte complet à lire sur le site web de la FCPE, onglet "S'engager", puis « Nos campagnes », puis « Contre les devoirs à la maison », « argument 1 : le renoncement à l'effort », en ligne le 29 janvier 2015.
À mon sens, tout est question de dosage.
Il est évident qu'un certain effort est nécessaire. Rien ne peut se faire sans un minimum d'effort, ne serait-ce que l'effort de se lever le matin pour être présent. Et avec cet effort une certaine forme de souffrance. Légère. Et c'est une gageure de laisser croire qu'il existerait un effort sans souffrance. Effort et souffrance sont intimement liés. Je ne vois pas d'exemple d'effort sans souffrance. Il n'existe aucun effort sans souffrance.
Mais cette souffrance comme l'effort associé peut être infime, très légère, légère, moyenne, forte, très forte. Elle peut être très brève, brève, de durée moyenne, longue, éternelle …
Dans ces conditions, pourquoi parler de souffrance plutôt que d'effort ?
De la part de la FCPE, c'est une manœuvre habile destinée à discréditer tout effort, lui associant d'emblée le synonyme infamant de souffrance. Pour lui répondre on pourrait lui proposer un autre synonyme du mot effort : dépassement de soi.
Mais acceptons, et même revendiquons, comme expliqué plus haut, le fait que l'effort ne peut être dissocié d'une certaine souffrance. Et alors ?
D'un autre côté, il est tout aussi évident que l'effort que l'on peut demander aux élèves a des limites. Lorsque la souffrance deviendrait lourde.
Jusqu'à un certain degré de souffrance légère et supportable, l'effort apporte plus qu'il ne coute. Le jeu en vaut la chandelle.
Au-delà d'un certain degré, l'effort devient contre-productif : il fait trop souffrir et cette souffrance supplante la motivation à plus ou moins long terme. Les résultats ne sont plus au rendez-vous et l'élève se démotive. Inutile d'insister.
Mais qui est mieux placé que les enseignants, confrontés au quotidien avec la capacité de travail de leurs élèves, habitués aux réactions des élèves et de leurs parents et entourés de collègues travaillant en équipe, qui est mieux placé que ces professionnels pour évaluer ce point de basculement ?

A lire :
1 - L'intérêt et l'effort dans leurs rapports avec la volonté, Dewey, 1895.
2 - Site du Crap

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